Maduro « capturé et exfiltré » : la classe politique française réagit
La « capture » du président Nicolás Maduro par les États-Unis, une première depuis celle du président panaméen Noriega en 1989, a fracturé la classe politique française ce samedi 3 janvier. Celle-ci allant de la dénonciation absolue de l’intervention américaine, essentiellement à gauche, à un soutien franc, quoique beaucoup plus isolé.Premier à se faire entendre, bien avant les autorités françaises et la diplomatie, Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours défendu le pouvoir « bolivarien » de Caracas, a dénoncé une violation de la souveraineté du pays « avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse ».Pour le tribun LFI, « le narcotrafic est désormais le prétexte de l’empire (les États-Unis) et de ses agents politiques et médiatiques pour détruire ce qu’il reste d’ordre international libre de la loi du plus fort ». Dans la foulée, LFI a appelé à des rassemblements en France, « en soutien au peuple vénézuélien », tout comme le Parti communiste.« La force ne peut pas remplacer le droit »À gauche, le PS a rappelé que, « quoi que l’on pense de Maduro », selon les mots d’Olivier Faure, « la force ne peut remplacer le droit. » « Quelqu’un réveille le président Macron ? », a ironisé sur X, en milieu de journée, Jean-Luc Mélenchon alors que les autorités françaises n’avaient pas encore réagi.Il aura fallu attendre 19h30 pour avoir une expression d’Emmanuel Macron, qui a attendu d’avoir échangé avec Trump, les présidents brésilien Lula et argentin Milei. Se gardant bien de critiquer les États-Unis - « il a pris acte de l’intervention américaine », selon son entourage -, le chef de l’État a estimé, sur X, que « le peuple vénézuélien ne peut que se réjouir » de la fin de « la dictature de Nicolás Maduro », et appelé à « une transition démocratique ».Un peu plus tôt, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot était, lui, monté au créneau pour dénoncer l’intervention américaine. Certes, rappelle-t-il, « en confisquant le pouvoir au peuple vénézuélien, en le privant de ses libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à sa dignité et à son droit à l’autodétermination ».Paris rappelle « son attachement à la Charte des Nations Unies »Mais l’opération militaire américaine « contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international », écrit le ministre, selon lequel « aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur ». « La multiplication des violations de ce principe par des nations investies de la responsabilité principale de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies aura de lourdes conséquences sur la sécurité du monde, qui n’épargneront personne », met en garde le chef de la diplomatie française qui « réitère son attachement à la Charte des Nations unies, qui doit continuer de guider l’action internationale des États, toujours et partout ».Une Charte évoquée également par la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, qui a indiqué avoir eu un échange au téléphone avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, auquel elle a rappelé que l’UE contestait la légitimité démocratique de Nicolás Maduro. Mais, a-t-elle martelé, « en toutes circonstances, les principes du droit international et de la Charte des Nations unies doivent être respectés ».Faisant référence à la charte onusienne, l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, abonde : il estime que « les États-Unis se mettent volontairement et indiscutablement hors du droit international ». Il dénonce « un acte lourd de conséquences pour l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale ».À rebours du ministre des Affaires étrangères, Gabriel Attal voit une « forme d’hypocrisie derrière les atermoiements à réagir, les déclarations de façade et les condamnations sans effet ». « Se contenter d’être les derniers à défendre et respecter la Charte des Nations unies, (…) c’est sans doute être cohérents avec notre Histoire et fidèles à notre doctrine. Mais c’est surtout être complètement effacés », grince l’ancien Premier ministre, pour qui « même les démocraties doivent retrouver la voie de la force si elles veulent continuer d’espérer que le droit prévale de nouveau ». « Ce qui importe le plus pour les jours et les mois à venir, c’est que ce soit la liberté du peuple vénézuélien qui prime, et non les intérêts économiques et pétroliers des États-Unis », conclut le président de Renaissance.Une tonalité dramatique que nuance l’ancien Premier ministre LR Michel Barnier. « L’opération militaire américaine au Venezuela n’est pas sans précédent (Panama en 1990), et ne marque donc pas en elle-même un changement d’époque aussi radical qu’on le lit çà et là », tempère-t-il. « Mais cet événement confirme que l’usage décomplexé, unilatéral de la force devient dangereusement le mode privilégié d’action internationale, y compris de la part de démocraties alliées. On ne peut s’en réjouir, même si la nature du régime de Maduro ne mérite aucune sympathie », poursuit l’ancien négociateur du Brexit.En évoquant une « agression asymétrique et non déclarée », le président de LR Bruno Retailleau vise, lui, le « narcotrafic dévastateur » qui mène une « guerre hybride silencieuse » contre « nos sociétés, nos familles et nos jeunes » et ne cible pas l’intervention américaine. « La souveraineté du peuple vénézuélien demeure sacrée », prend toutefois soin de préciser l’ancien ministre de l’Intérieur, demandant que les Vénézuéliens puissent décider « librement »» de leur avenir sans une ingérence unilatéral », seul bémol apporté à l’opération de Donald Trump.Bardella sur une ligne de crête« Le renversement extérieur d’un gouvernement, par la force, ne saurait constituer une réponse acceptable, ne faisant qu’aggraver l’instabilité géopolitique de notre temps », a dénoncé quant à lui Jordan Bardella sur X avant que Marine Le Pen ne réagisse à ton tour dans l’après-midi. Il prend soin de rappeler, toutefois, que « le régime rouge de Nicolás Maduro appelle de nombreuses critiques légitimes sur le plan démocratique » et que « personne ne le regrettera ».Un chemin de crête délicat pour le leader d’une formation traditionnellement opposée frontalement à l’interventionnisme militaire, et tout particulièrement américain, mais qui disait, le 17 décembre dernier sur LCI, respecter Donald Trump « pour sa capacité à défendre les intérêts américains ».« Là, Trump devient encombrant », soupire une source interne au RN. Ce que ne semble pas du tout penser l’allié du RN Éric Ciotti. Évoquant un « soulagement pour le Venezuela gangrené depuis des décennies par la corruption endémique, élections volées, crimes et violations des droits humains », l’admirateur du président argentin Milei, volontiers atlantiste, salue une « bonne nouvelle » qui doit toutefois « s’intégrer dans le respect du droit international ».Un enthousiasme partagé par l’ancien Premier ministre Manuel Valls qui se félicite que « les jours de la dictature so (ie) nt désormais comptés ». « Il appartiendra au peuple vénézuélien d’écrire la suite en toute indépendance. Viva la libertad ! », s’enflamme l’ancien ministre d’origine espagnole.